Forum d'aide à l'héraldique et de partage de la passion des armoiries.


Histoire héraldique moderne du Congo (1877-1960).

Partagez
avatar
Vermant
Héraut d'armes
Héraut d'armes

Nombre de messages : 1283
Localisation : Ancien Duché de Brabant
Date d'inscription : 12/03/2010

Histoire héraldique moderne du Congo (1877-1960).

Message par Vermant le Mar 16 Oct 2012 - 13:25

Bonjour à tous,



Armoiries de l'État Indépendant du Congo.

Le drapeau de l’Association Internationale Africaine.
Le Roi des Belges, Léopold II, projette depuis longtemps de se lancer dans l’entreprise coloniale. C’est pourquoi il organise en septembre 1876 la Conférence géographique de Bruxelles, dans le but d’organiser et de coordonner l’exploration des territoires inconnus en Afrique et de lutter contre l’esclavagisme.

La Conférence débouche sur la création de l’Association Internationale Africaine (A.I.A.), à l’initiative de Léopold II. L’A.I.A., dont le roi devient le Président, décide aussitôt d’organiser des expéditions de reconnaissance et d’exploration.

Le 25 nov. 1877, Léopold II crée le Comité d’Études du Haut-Congo (C.E.H.C.) dont il est aussi le Président. Le Comité a un triple but : philanthropique, scientifique et commercial, ce qui est nouveau et le distingue de l’A.I.A. En Afrique, le C.E.H.C. utilise le drapeau de l’A.I.A. En nov. 1879, le C.E.H.C. est remplacé par l’Association Internationale du Congo (A.I.C.).

C’est grâce aux ≠ associations officielles à caractère international dont il a l’initiative que Léopold II peut lancer ses projets coloniaux, sans impliquer directement la Belgique.

Son rêve colonial se concrétise le 26 février 1885, à la Conférence de Berlin qui aboutit à la création de l’Etat Indépendant du Congo (E.I.C.). Le 28 avril 1885, il est autorisé par les chambres législatives belges à être le chef de l’État fondé par l’A.I.C. et à porter le titre de "Souverain de l’État du Congo".

L’histoire héraldique moderne du Congo commence le 21 juin 1877, lorsque l’A.I.A. se choisit pour emblème… un drapeau ! Un drapeau bleu avec une étoile d’or dans le centre.

D’après Stanley, l’étoile symbolise l’espérance éclairant les ténèbres africaines. Ce drapeau aurait été inspiré par le roi Léopold II lui-même ; certains sont plus réservés quant à la part prise par Léopold II dans le choix de l’emblème. Les représentants des puissances n’élèvent aucune objection contre cette fantaisie.

Il se fait que ce drapeau serait aussi celui du C.E.H.C., de l’A.I.C. et de l’État Indépendant du Congo. Léopold II évitait de donner à l’A.I.A. un emblème national, tout en lui accordant un emblème d’État.

Utilisé par Cambier, Stanley et les autres explorateurs engagés au service de Léopold II, qui le déploient sur les postes qu’ils installent sur le territoire congolais, ce pavillon devient rapidement la marque du Roi Léopold II en Afrique centrale (car seuls les Belges l’utilisent effectivement).

L’emblème est repris en 1882 par l’A.I.C., puis reconnu comme celui d’un gouvernement, d’abord par les USA, le 10 avril 1884, puis par les autres puissances et finalement, par la Belgique, le 23 février 1885, ce qui est acté à la Conférence de Berlin. Il devient ainsi le pavillon de l’E.I.C. lors de sa constitution par l’Acte de Berlin, le 1er juillet 1885.

Ce drapeau sera maintenu lorsque le pays deviendra le Congo Belge, en 1908, et restera en usage jusqu’à la proclamation de l’indépendance du pays, le 30 juin 1960.

Les armoiries de l’E.I.C. et du Congo Belge (1885-1960).
Lorsque des armoiries sont créées pour l’E.I.C., l’année suivant sa reconnaissance comme État souverain, elles s’inspirent naturellement du drapeau de l’A.I.A.

Les armoiries de l’État Indépendant sont blasonnées comme suit :
« D’azur à la fasce ondée d’argent, accompagnée en chef à dextre d’une étoile à 5 rais d’or, et chargée d’un écu de sable au lion d’or, armé et lampassé de gueules portant sur l’épaule un écusson burelé d’or et de sable de 10 pièces au crancelin de sinople posé en bande. L’écu sommé de la couronne royale d’or est supporté par 2 lions léopardés au naturel. Devise : TRAVAIL ET PROGRES. Le tout placé sur un manteau de pourpre doublé d’hermine, surmonté de la couronne royale ». (In Bulletin Officiel de l’État Indépendant, n° 9 d’octobre 1886).

Ces armes reprennent 3 éléments :
1) le drapeau de l’A.I.A. : de cette manière, Léopold II veut surtout rappeler la légitimité de sa souveraineté sur le Congo ;
2) la fasce ondée d’argent : elle symbolise le fleuve Congo, qui donne son unité aux territoires de l’E.I.C. ;
3) les armes personnelles du Roi déterminées par l’AR du 13 juillet 1880 (l’écu central aux armes de Belgique chargé de l’écu de Saxe, dont la famille royale est originaire). En associant ses propres armes au drapeau de l’A.I.A., hissé par ses émissaires dans les villages ayant accepté sa souveraineté, le Roi affirme le caractère personnel de celle-ci sur les territoires congolais.

Les lions supports et le manteau de pourpre sont également repris aux armoiries personnelles du Roi-Souverain, non à celles de la Belgique. Tout comme on avait évité en 1877 de mettre dans le drapeau aucun rappel du drapeau de la Belgique, Léopold II évita d’incorporer dans le blason congolais un rappel des armes de l’État belge.

Quant on sait l’importance que représentait pour Léopold II la reconnaissance internationale (et même belge) de sa souveraineté sur les territoires congolais, cette rapide attribution d’armoiries ainsi construites témoigne de son souci d’affirmer sans tarder son droit de propriété personnel sur les territoires congolais.

Comme dans les armoiries du royaume du Kongo, on trouve ici l’illustration de l’objectif politique des armoiries ou, autrement dit, dans ce cas-ci, de leur objectif de marquage de propriété, à l’instar des padrões des Portugais, 3 siècles plus tôt.

SOURCE :
"ARMORIAL DU CONGO", par Patrick Pierloz, édition privée, à Neufchateau, Belgique, 2004, pp. 25-31.

Bonne lecture.

    La date/heure actuelle est Mar 17 Oct 2017 - 8:01